Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française
Les derniers jours de Stefan Zweig Details
Le 22 février 1942, exilé à Pétropolis, Stefan Zweig met fin à ses jours avec sa femme, Lotte.Le geste désespéré du grand humaniste n'a cessé, depuis, de fasciner et d'émouvoir. Mêlant le réel et la fiction, ce roman restitue les six derniers mois d'une vie, de la nostalgie des fastes de Vienne à l'appel des ténèbres. Après la fuite d'Autriche, après l'Angleterre et les États-Unis, le couple croit fouler au Brésil une terre d'avenir. Mais l'épouvante de la guerre emportera les deux êtres dans la tourmente - Lotte, éprise jusqu'au sacrifice ultime, et Zweig, inconsolable témoin, vagabond de l'absolu.

Reviews
J'ai vraiment aimé la justesse de ce livre qui nous plonge dans l'univers littéraire de Zweig. J'ai découvert sa vie avec passion, car Laurent Seksik ne retrace pas que les 6 derniers mois de l'écrivain. Grâce à de nombreux retours en arrière, quelques récits enchâssés, on revit sa jeunesse à Salzburg, en Autriche, dans un milieu très aisé (sa demeure fut habitée par l'empereur François-Joseph) où il est en contact avec de nombreux artistes. Cette immersion dans le milieu du livre, des écrivains, mais aussi des musiciens (Zweig collectionnait certaines oeuvres de Mozart ou Beethoven) est un véritable bonheur. De plus, l'écriture de Seksik est à la fois lyrique et poétique, nous plongeant encore davantage dans cet univers où les mots sont mages. Nous trouvons quelques citations-clés qui résument bien le style de l'écrivain autrichien exilé en Angleterre, puis aux Etats-Unis et enfin au Brésil: "Son oeuvre allumait une succession d'incendies dans les coeurs, ses héros se jetaient dans les flammes, tandis que lui brûlait de l'intérieur." Feder, son ami, dira de lui: "Tu as porté à son plus haut niveau la technique du récit enchâssé. Tu as inventé le style romanesque psychanalytique. C'est toi, le double de Freud, et non Schnitzler." Il ajoutera un peu plus loin: "tes héros ne font que raconter ta propre blessure, dresser l'inventaire de ta longue dérive."Ensuite, Zweig rencontre Bernanos (prophète du sacré) juste avant de décider de mourir avec sa femme Lotte, asthmatique et faible d'esprit.L'ouvrage montre à quel point l'écrivain a été hanté par la mort de son peuple, tandis que lui se trouvait à l'abri des exterminations avec sa femme, plus jeune que lui de 25 années, Elisabeth Charlotte Altmann. L'assassinat des Juifs d'Europe creusa sa propre tombe. Stefan Zweig n'eut pas la force de résister à ce désespoir qui anéantit également son inspiration. A sa mort psychique succéda sa mort physique: "Le véronal était leur filtre à eux, les traqués. (...)Ils s'accrochaient à cette victoire dérisoire sur la barbarie."C'est donc ici le récit des grandeurs et des faiblesses d'un écrivain qui ne parvint pas à surmonter de façon optimiste les dérives du nazisme qui le poursuivirent dans son âme à l'autre bout du monde. La fuite ne lui permit pas de survivre à l'écrasement d'un peuple et sa foi fut trop faible pour lutter contre les démons hitlériens.Un très bel ouvrage qui se lit d'une traite. Une belle biographie, réussie, qui résonne en chacun de nous, car les tortures morales existent de tout temps, même si ici, elles furent portées à leur comble.


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